L’abominable destin du Landais allergique aux aiguilles de pin

« Une vie gâchée ». C’est ce constat, plein de désespoir, que dresse Gérard Broustiqueyre, au crépuscule de sa vie. Une vie passée dans la douleur et la désolation, pour cet homme vivant au cœur de la pinède landaise et atteint d’une forme exacerbée et incurable d’allergie pollinique au pin maritime.

Banzai

Gérard Broustiqueyre, atteint d’une allergie exacerbée aux aiguilles de pin maritime, a vécu un calvaire depuis sa plus tendre enfance

« Tout petit, déjà, ma vie fut un calvaire, nous raconte Gérard, plein de tristesse. En effet, mon père était rousiney (résinier, NDLR) près de Sabres, dans la Haute Lande. Tous les matins je l’accompagnais récolter la résine des quelque 3.000 pins qu’il possédait. Les premières manifestations allergiques, impressionnantes, se produisirent dès mes 3 mois. Je vous laisse imaginer mon enfance. ». Le jeune Gérard ne pouvait chercher réconfort auprès de sa mère, celle-ci étant ébéniste à domicile, et fabriquait des échasses, en pin maritime bien entendu.

« Vous voyez, tout était contre moi » poursuit Gérard, accablé. « Face à l’ampleur de mes réactions allergiques, que vous pouvez voir sur la photo, on a consulté à l’époque les plus grands savants, à Pissos, Labouheyre, et même à Mont-de-Marsan et Dax. Mon père, une fois, a pris quinze jours de vacances pour m’emmener à Bordeaux. Rien n’y a fait. L’abbé Pedegert, de Sabres, a tenté plusieurs fois un exorcisme, sans aucun succès. Même le Sorcier de Labatut n’a rien résolu ! ».

A l’adolescence, rien ne s’améliora. Quand il voyait ses petits camarades courir le guilledou, Gérard, lui, devait rester seul, enfermé dans l’oustaù famillial (maison traditionnelle à colombage en bois de pin, NDLR). La situation du marché de l’emploi étant ce qu’elle est dans les Landes, Gérard ne trouva du travail qu’à la scierie de Labouheyre. Exposé toute la journée à la poussière et aux copeaux, sa vie devint un véritable enfer. Pour des raisons économiques, il ne put au final jamais quitter la forêt landaise, et dut endurer, nuit et jour et des années durant, des souffrances terribles, au voisinage de ces pins maudits.

« Je suis malgré tout un homme simple et pas méchant, mais oui, j’en veux quand même un peu à certaines personnes. Et avant tout à Napoléon III et à Chambrelent, qui ont décidé de replanter les Landes, et qui ont foutu des pins partout. Où qu’on aille, où qu’on regarde, y a que ça à l’horizon ! Ils ont jamais pensé aux pauvres gars comme moi ? ». Malgré cet accès de colère, Gérard, qui atteindra bientôt les 92 printemps, semble s’être désormais résigné, comme son père. « J’espère quand même qu’à l’avenir, mon témoignage servira à quelque chose, pour éviter à d’autres vies d’être gâchées, comme la mienne ». Une belle leçon de courage pour les jeunes générations.

 

Par notre correspondant, Didier Barbelivenx.

 

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